La nature de Jean Girel
"C'est
de l'intérieur que Jean Girel veut traduire la nature.
Il veut faire corps d'argile et corps d'émail avec
elle, des épousailles en forme d'équivalences
poétiques.
Il explore le monde minéral, végétal,
animal avec la même passion, jongle entre le temps cosmique
et le temps d'une libellule, immisçant sa vie d'homme
entre les deux, invite roc et volcan dans son four pour une
nuit, offre au millénaire qui vient une fourrure de
lièvre qui sera tesson dans dix mille ans, et toujours
fourrure de lièvre.
A embrasser si largement la nature on pourrait l'imaginer
à l'étroit, à tenter ainsi de la faire
tenir dans un bol. Mais de même que Rimbaud se donnait
le sonnet pour tout bagage, la liberté liée
à ses semelles de vent, de même Jean Girel sait
dans chaque bol tout à fait unique contenir une des
merveilles du monde.
Le bol, en forme de mains jointes, symbolise le récipient
universel. Fermé, il recueille et protège. Ouvert,
il redonne. Jean Girel l'entend au propre et au figuré.
Dans une bibliothèque la somme des livres, forme restreinte
s'il en est, permet d'appréhender toutes les connaissances
des hommes à travers les âges et les civilisations.
De même ces formes tournées, somme de plus de
quarante ans d'observations, de réflexions, de tâtonnements
intuitifs, d'expériences, de savoir-faire, d'audaces,
le tout remis sans cesse en question, sont une encyclopédie
personnelle et poétique des phénomènes
de la nature.
A regarder du doigt, à caresser de l'oeil, on voit
ici l'aurore et les marais, le lézard et la pierre,
la nuit qui luit, la Voie Lactée, de la poussière
du big-bang. On entend les volcans craquer, le chant des étoiles,
le ressac. Dans le son de la porcelaine, la spirale rose du
coquillage raconte les secrets de la mer.
Dans n'importe laquelle de ces pièces satinées
on peut déposer mille choses pour le plaisir : des
feuilles de verveine fraîche, une aile de papillon,
un caillou, un scarabée, un peu d'averse, une éclaircie.
Tout leur sied. C'est beau comme la lune dans l'eau, la lave
tiède, l'âge d'une tortue, une pierre polie pour
converser avec les dieux..."
Martine Gayot, critique d'art
>Extrait du catalogue "Nature de la céramique,
céramique de la nature", Editions des musées
de Sarreguemines, novembre 2005, en vente 6 euros au musée.
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