Mes
coquillages
[…]
Monde rare et précieux — Rembrandt en fut collectionneur
— le coquillage est attirant à plus d’un
titre : son inouïe diversité au travers des mers
et des océans du monde entier ; son illustre passé
– avant de peindre ses roches, l’homme des cavernes
collectionnait des coquillages ; le secret de sa forme reposant
sur les nombres secrets – toutes les spirales sont construites
selon le nombre d’or ; le mystère qui revêt
sa conservation dans l’obscurité de boîtes
que l’on n’ouvre que pour les montrer…
… Et plus encore par son apparentement avec la porcelaine
dont d’ailleurs vient le nom. Dans la translucidité,
dans la croissance même de l’organisme, tout ce
qui est à la surface émane de la profondeur.
Le coquillage pose en permanence la problématique de
la porcelaine : un rapport entre l’épiderme et
la chair qui est en dessous.
Les coquillages de Jean Girel ne ressemblent en rien aux vrais.
Ils en donnent simplement la furieuse sensation. Suggestion
d’une insoutenable délicatesse, comme un souffle
suspendu, matière immatérielle, opalescente,
fine et tendue comme une coquille d’œuf ; couleurs
d’aube et d’aurore, de neige, de grésil,
glacées, nacrées, fouettées, embuées…
Enroulements d’un cône imperceptible déformé
à partir de son point d’origine. Pincement des
bords inexprimables, comme le vol planant d’une feuille,
l’exact ajustement des lèvres dans le sourire
ou le baiser, la vibration ténue de l’air sous
l’aile du papillon, la distance qui sépare, sous
la voûte de la Sixtine, le doigt de l’homme du
doigt de Dieu…
Ne glosons plus. Relisons plutôt les notes d’atelier
de Jean Girel, contemplons ses pièces, tandis qu’il
définit superbement son art, un art de correspondances
électives avant d’être une recherche formelle,
« qui tient plus de la madeleine de Proust que de l’Apollon
du Belvédère ». […] (Ce passage est tiré d’un article d’Ariane
Grenon dans Le Courrier des métiers d’art n°
175 : voir Bibliographie).
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