Histoire des céladons :
céladons du Nord et du Sud
Ces deux grandes familles de céladons sont issues du fort attrait pour la couleur verte, que les amateurs de thé appréciaient dans les grès verts de Yue, et par le prestige impérial et sacré qui leur avait été donné : un groupe de ces grès dit à couleur secrète (mise) avait été choisi par l'empereur Yizong pour conserver les cendres du Bouddha. La couverte des céladons s'obtient en mélangeant aux argiles constituant le corps de la pièce un mélange de chaux et de cendres (de bois, de feuilles, d'herbes), souvent obtenu par la calcination de roches calcaires ou dolomitiques. La présence systématique de phosphore dans les analyses de couvertes atteste de l'usage des cendres, en particulier de feuilles ou d'herbes si cet élément est présent en proportion significative (plus de 0,5 %).
La différence entre céladons du Nord et du Sud, plus que dans leur préparation, réside dans les particularités de leurs matières premières et le mode de cuisson.
Au nord, la couverte, posée sur un corps de grès contenant du fer (1,5 %) et du titane (1 %) est cuite à très haute température et peu réduite dans les petits fours à charbon (mantou). Le fer prend alors une coloration olive ou parfois jaunâtre, alors que les exemplaires plus anciens, cuits au bois, sont plutôt bleutés. La forte température (1 300°) entraîne la fluidité de la couverte, qui se rassemble dans les creux avec des tons plus soutenus que sur les reliefs, où la terre ressort en gris-beige. La transparence est forte car la faible viscosité à cette température permet le départ des bulles libérées par la matière en fusion. Seules quelques-unes subsistent, et renforcent, par la netteté de leur contour, le sentiment de transparence des épaisseurs. Le trait le plus fin, la moindre inflexion de la gravure sont ainsi révélés par les variations d'épaisseur et donc d'intensité de la couleur.
Si les céladons du Nord font chanter la gravure en creux, ceux du Sud, par leur onctuosité, leur opalescence, leur tension superficielle, sont un hommage à la lumière qui se pose en silence sur des reliefs. Le corps des pièces, qui pourrait être blanc avec l'usage de la pierre à porcelaine, est volontairement assourdi par des apports d'argiles plus riches en fer, pour limiter l'éclat de la couverte. Celle-ci, plutôt sous-cuite (1 200 à 1 250°), conserve dans son épaisseur, qui est considérable, des particules qui n'ont pas encore participé à la fusion, et de nombreuses bulles, très fines grâce à une importante viscosité. Les couches superposées de couverte, de compositions variées, contribuent à disperser la lumière qui les rencontre. L'effet obtenu s'apparente ainsi à l'aspect du jade, la pierre sacrée des Chinois. La qualité de matière des céladons du Sud est assez homogène, tandis que leur couleur peut varier largement d'un bleu-vert vif à des tons olivâtres. Cette richesse de tons est due à la présence plus ou moins importante dans la couverte de titane et de fer apportés par les argiles ajoutées à la pierre à porcelaine, la cuisson étant elle pratiquée en réduction dans les fours dragons du Sud.
Les céladons du Nord comme du Sud comportent souvent des craquelures, qui contribuent à révéler la nature de leurs couvertes : au nord, elles sont précises dans leur dessin jusqu'à leur rencontre avec le tesson, tandis qu'au sud, leur trace se perd dans l'épaisseur de la matière.
Mes
céladons
Plutôt que de miser sur la préciosité des matériaux pour explorer ce domaine, je préfère, dans ma quête du céladon, opter pour l'emploi de matières premières communes de mon paysage bourguignon et la révélation de leur qualité par des protocoles particuliers d'affinage et de cuisson. La pâte est un mélange d'argiles et de dégraissants, riche en fer (et en titane , stimulant la couleur du fer), qui, à maturité, offre à la couverte un fond sombre, absorbant une partie de la lumière et contribuant à filtrer les couleurs en renvoyant le bleu. La couverte, plutôt les couvertes, car cette famille est riche d'aventures, se constitue principalement d'une " fine " de carrière, poussière d'argile et de mica, à laquelle j'ajoute d'autres roches qui apportent de la chaux et un peu de magnésie, le tout subissant un broyage assez intense. La cuisson est conduite en très forte réduction autant à la montée qu'à la descente, par moments en présence de vapeur d'eau qui accentue la réduction et initie la cristallisation. La variation de l'atmosphère, du point haut de cuisson, et la quantité d'eau parviennent parfois à s'entendre pour éviter le brillant ou le rêche, le trop sucré ou le trop poli ; mon but étant dans cette famille plus que dans toute autre d'atteindre une matière minérale autant qu'aquatique, émulsion congelée ou galet mouillé. >Jean Girel.
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